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Après « Juste la fin du monde »

Nous étions allés, toute l’équipe voir le film « juste la fin du monde ». Tout le monde en parlait et tout le monde attendait impatiemment de pouvoir le critiquer. Enfin toute la presse autorisée !

Xavier Dolan à la réalisation et un casting éblouissant ; Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa seydoux, Nathalie Baye et Gaspard Ulliel…

Une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce portée à l’ecran.

C’était en 2016, la rédaction nous avait envoyés pour couvrir l’actualité du festival de Cannes cette année-là.

Quels privilégiés nous étions avec cette précieuse accréditation qui permet d’accéder à tout du Festival ; le Palais et toutes ses salles de projections dont l’extraordinaire salle Lumière, la salle de presse, les cafés Nespresso à volonté, la conférence de presse, le photocall, les marches et même la cafétéria du Palais. Et aussi le couloir pour voir passer tous les protagonistes des films.

À cette occasion, j’avais pu demander à Xavier Dolan au passage ce qu’il ressentait de cette nomination à la sélection et s’il avait peur. Non non il n’avait pas peur. Étonné par ma question une des premières de ma carrière de journaliste !

Après la projection, nous étions tous sonnés par cette histoire tragique. Tout était terrible. Chacun des rôles soigneusement étudiés sans doute par le réalisateur dans ce qu’il y a de plus pathétique : la mère dépassée par les événements, le frère jaloux, la belle-sœur maltraitée, la petite-soeur excitée et le héros du film tout en nuance, regards et silences.

Une claque ce film ! pour ceux qui ont des familles, avec des frères, des soeurs, une mère, savoir à quel point c’est compliqué de s’y faire une place.

Quand on est sorti de la salle, on a soufflé. Heureux d’échapper à cette ambiance pesante. Finalement nous on allait bien, notre vie n’était pas si désespérée.

On est rentrés au bureau pour préparer le programme du lendemain.

Comme si on revenait à une vie moins dramatique, comme si nous avions échappé au malheur.

Alors, nous nous sommes dirigés vers l’ascenseur « 3 personnes max » indiquait une affiche collée dedans et aussi à l’extérieur.

Mais galvanisés par notre enthousiasme et sans doute invincibles tout à coup, parce qu’au fond, nous n’avions pas tant de problème que ça. Nous sommes tous montés, Micheli, journaliste à la voix chantante, nous a poussé dedans, il avait besoin de nous réunir de nous consoler peut-être ou de se rassurer lui-même va savoir ! Nous étions 7.

Bref, l’ascenseur a démarré et s’est coincé.

Chacun tout à coup a repris son air grave. Bloqués à Cannes. La maintenance ou les pompiers sont à Nice. Oui alors ça fait combien de temps ça ? 

La condensation commence à perler sur les glaces. Il fait chaud. On décide alors d’ouvrir les portes coulissantes. Argh nous voilà face à un mur de béton gris. Nous sommes enterrés.

Je vais me trouver mal. Ha mais non, impossible ! J’ai pas la place de tomber dans les pommes. Ressaisis toi, bon dieu ! Respire, souffle, respire, souffle, encore, encore ! Le malaise est passé. 

Il faut patienter, encore, chacun prend sur soi. 

On essaie quelques blagues mais tout le monde rit jaune.

L’une a les doigts crispés sur sa jupe, l’autre sur son menton. D’autres encore essaient de faire bonne figure.

Mais enfin, voilà les pompiers, ils nous extirpent de cette maudite boîte. Nous sommes libres !

Je suis retourné à Cannes cette année, sans accréditation. Dans mon hôtel, il y avait cette affiche qui m’a rappelé cet incident dont je me souviendrais toute ma vie, en riant. Ce n’était pas la fin du monde, finalement !

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